16. septembre 2021

Des startups pour l’avenir : comment la France se transforme en une nation technologique

Plus de 1 000 start-up internationales sur 34 000 mètres carrés : la Station F fait de Paris la ville qui possède le plus grand campus de start-up au monde. Et montre ainsi la voie à suivre pour l’avenir des jeunes entreprises européennes.

Une lumière vive inonde l’immense salle du 13e arrondissement, dans le sud de Paris. À gauche et à droite, des fondateurs du monde entier travaillent sur leurs idées commerciales dans des boîtes en verre. Dans des salles de travail spéciales, les innovations technologiques peuvent être testées directement et imprimées en 3D. Ce qui n’était encore qu’une gare de marchandises au début du XXe siècle est récemment devenu le plus grand campus de start-up du monde : la Station F.

L’idée de l’incubateur est née il y a plus de six ans. En 2013, l’entrepreneur et milliardaire français Xavier Niel a racheté l’ancienne « Halle Freyssinet » et a investi 250 millions d’euros dans la reconversion de la gare. La station F a été ouverte en juin 2017.

Depuis lors, année après année, de plus en plus de fondateurs ont postulé à l’un des nombreux programmes qui offrent aux jeunes entrepreneurs un lieu de travail dans l’incubateur. Elles vont des offres de Facebook et de Microsoft à celles d’Adidas et de deux programmes internes. Les jeunes entrepreneurs se voient proposer des mesures de soutien individuelles : des ateliers de mentorat et de coaching à l’accès à des réseaux spéciaux de start-up.

Un réseau international de start-up

Un emploi à Station F est populaire : rien qu’en 2019, plus de 1 200 startups ont travaillé dans l’incubateur. La plupart d’entre eux venaient des États-Unis. Mais beaucoup venaient aussi de Corée, d’Inde, d’Italie et d’Algérie, par exemple.

La diversité des pays d’origine des jeunes entrepreneurs le montre clairement : Station F est bien plus qu’un espace de coworking pour les fondateurs ; l’incubateur est un lieu de rencontre pour la mise en réseau internationale des startups. Pour la directrice du campus, Roxanne Varza, l’intégration du mot-clé est une priorité : « Nous ne voulons pas seulement soutenir les entrepreneurs, nous voulons aussi promouvoir la diversité de l’entrepreneuriat en accueillant des personnes venant de l’étranger et de milieux défavorisés. » Les créateurs du projet savent ce qui est important pour devenir une nation technologique : un esprit de start-up qui dépasse largement les frontières nationales.

Pour cela, Station F reçoit le soutien total de l’État français : depuis que le gouvernement a lancé le programme dit French Tech en 2013, l’État central travaille sans cesse à l’expansion de son réseau international de start-up. Dans plus de 100 villes du monde, les communautés French Tech aident les fondateurs français à s’implanter à l’étranger.

Des fondateurs de technologies venus de l’étranger

En outre, le recrutement de jeunes entrepreneurs, d’investisseurs et de professionnels en dehors de l’Europe joue un rôle central dans le programme. Avec l’aide du French Tech Visa, la France recrute à l’étranger de jeunes talents doués pour les technologies. Ils doivent fonder, investir ou travailler dans une start-up dans l’État central. En contrepartie, ils reçoivent un permis de séjour initialement limité à quatre ans, qui peut être prolongé si nécessaire. En outre, les membres de la famille sont également autorisés à entrer et à vivre en France pendant le programme.

Le projet a pris un bon départ : Selon Kat Borlongan, directrice du programme French Tech, plus de 500 entreprises françaises ont déjà fait usage de ce visa et recruté des professionnels spécialisés à l’étranger. « Le French Tech Visa est le plus utile de son genre pour les employés du monde entier », est convaincu l’entrepreneur d’origine philippine : « Littéralement, n’importe quelle startup en France peut embaucher n’importe quel employé de n’importe où dans le monde. »

Augmenter les investissements

Cela ne favorise pas seulement les échanges internationaux. Grâce aux équipes diversifiées, de nouvelles idées font toujours leur chemin dans les startups – et facilitent ainsi le développement de technologies innovantes : « Par rapport à Londres ou Berlin, Paris est particulièrement forte en matière de deep tech. Tous les grands centres d’IA sont situés ici, de Google à Facebook ou IBM. En matière d’intelligence artificielle, Paris dispose d’un réel avantage en termes de connaissances », déclare le directeur de la French Tech, non sans fierté.

Cet avantage unique de la capitale française est également perceptible du côté des investisseurs, puisque le total à Paris s’élève à un bon 2,2 milliards d’euros. Cependant, Londres reste le leader européen incontesté avec un bon 5,7 milliards d’euros.

Peu d’argent pour une grande croissance

La comparaison avec la capitale du Royaume-Uni le montre clairement : bien que la France s’efforce depuis plusieurs années de s’imposer comme une start-up en plein essor, l’État central se heurte encore à de nombreux écueils sur son propre marché. « Les défis auxquels les fondateurs sont confrontés en France sont largement similaires à ceux de l’Allemagne. L’une d’entre elles est la question de l’hypercroissance », explique Kat Borlongan. Si le nombre important de start-ups françaises est aujourd’hui très réjouissant, beaucoup d’entre elles manquent d’argent pour se développer rapidement et efficacement. En conséquence, de nombreux jeunes entrepreneurs sont contraints d’émigrer aux États-Unis avec leurs idées commerciales.

En outre, la jeune industrie technologique de l’État central est encore majoritairement française – même en dépit du French Tech Visa : « Cela présente plusieurs inconvénients, car cela signifie également que nous avons moins accès aux talents », avertit le directeur. Si les fondateurs se tournent exclusivement vers le marché du travail national pour recruter de nouveaux employés, ils ratent l’occasion d’attirer des professionnels qualifiés de l’étranger.

Le programme French Tech n’a pas pour seul objectif d’attirer les jeunes entreprises sur le marché français. Au contraire : « Nous voulons que les jeunes entreprises aillent aussi à l’étranger. Nous voulons qu’ils opèrent à l’échelle internationale – dès le premier jour », déclare Kat Borlongan. Pourquoi ça ? Ce n’est que si les jeunes entreprises à vocation technologique voient grand dès le départ et sont prêtes à quitter leur marché d’origine qu’elles peuvent devenir des champions de la technologie. Le progrès ne s’arrête pas à une frontière nationale.