24. octobre 2021

Comment la France veut devenir une nation leader en matière de technologie quantique

Avec 1,8 milliard d’euros, l’État et l’industrie font la promotion de cette technologie considérée comme la clé de l’avenir. Macron voit des faiblesses, mais aussi beaucoup de potentiel.

Paris. Au centre de recherche Syclay, au sud de Paris, le président français Emmanuel Macron a présenté ce jeudi la stratégie de son pays en matière de technologies quantiques. Macron voulait déjà le faire l’année dernière, mais à cause de la pandémie de Corona, son projet a été retardé. « Nous avons un an de retard sur l’Allemagne, mais nous allons maintenant accélérer », a assuré le président français.

La technologie quantique utilise les propriétés et les états des atomes et des particules subatomiques et permet d’atteindre une vitesse supérieure à celle des ordinateurs classiques pour les options de calcul individuel en laboratoire, ainsi qu’une plus grande précision que les capteurs existants. Certaines applications, comme les lasers, les LED et les transistors, sont connues depuis un certain temps, tandis que d’autres, comme un ordinateur quantique, sont encore en cours de développement.

L’État français et l’industrie financent cette technologie à hauteur de 1,8 milliard d’euros. La plupart des fonds – environ un milliard d’euros – proviennent de l’État, plusieurs centaines de millions d’euros sont fournis par la Banque Publique d’Investissements, propriété de l’État, et le reste par l’industrie, notamment des entreprises telles que Thales, Atos et Air Liquide, mais aussi de nombreuses start-ups.

Les États-Unis et la Chine dépensent plus d’argent, a déclaré M. Macron. Mais avec 1,8 milliard d’euros – un peu plus que le programme allemand – la France fait partie du trio de tête.

« La technologie quantique est l’une des clés de l’avenir que nous devons absolument avoir entre nos mains », a déclaré Macron à Saclay, où des centaines de scientifiques privés et gouvernementaux travaillent sur une grande variété de projets. « Nous avons la capacité d’être les meilleurs ou d’être parmi les meilleurs », a déclaré le président.

Le monde est au milieu d’une deuxième révolution quantique, a-t-il déclaré, dans laquelle tout s’accélère. Dans les capteurs quantiques qui permettront la navigation sans GPS, dans le développement d’ordinateurs quantiques plusieurs fois plus rapides que les ordinateurs classiques, dans les simulateurs et le cryptage, la France est déjà « très bien placée », a jugé Macron. « Nous avons 20 start-up dans la technologie quantique, nous avons la recherche fondamentale, plusieurs laboratoires et de grands groupes industriels qui travaillent tous ensemble. »

Macron : « L’innovation comporte des risques et des erreurs »

Mais le président voit aussi des possibilités d’amélioration dans son propre pays : « Nous avons aussi des faiblesses, l’une d’entre elles est que les jeunes chercheurs sont trop peu payés. » Payer des scientifiques 1400 euros après dix ans d’études est une absurdité. En outre, la charge bureaucratique est trop élevée.

Macron a également compté l’attitude d’aversion au risque parmi ses faiblesses : « Nous sommes une nation de 66 millions de procureurs qui cherchent tous les défauts des autres au lieu d’accepter que l’innovation implique le risque et l’erreur. » Même avec la technologie quantique, a-t-il dit, la phrase « si vous ne vous trompez pas, vous n’agissez pas ». 

Macron a décrit la philosophie de sa stratégie en disant que l’État ne sera pas « le bâtisseur, mais se contente de fournir les outils. » Le gouvernement ne sélectionnera pas une application particulière, il est trop tôt pour cela. Tous les développements innovants seraient accompagnés. 

Macron a toutefois fixé des objectifs ambitieux. En 2023, la France veut disposer de la première infrastructure informatique hybride au monde. Le plan prévoit 350 millions d’euros à cet effet. Un ordinateur quantique industriel doit être construit sur cette base, « nous pouvons présenter le premier ordinateur quantique généralement applicable », a prédit le chef de l’État.

Google et la Chine affirment avoir déjà réalisé l’informatique quantique. En revanche, il n’existe pas encore d’ordinateur réel et universellement applicable. Son développement est encouragé en France à hauteur de 400 millions d’euros. Pour les capteurs quantiques, le plan prévoit 250 millions d’euros. Comme c’est souvent le cas en France, les applications civiles et militaires, par exemple dans l’aviation ou pour les sous-marins, vont de pair.

150 millions d’euros seront disponibles pour la cryptographie post-quantique. Il est prévu que ce cryptage ne puisse plus être craqué. 325 millions d’euros sont destinés à la communication quantique. Deux réseaux, à Nice et en Île-de-France autour de Paris, vont tester la technologie dans la réalité.

Avec 300 millions d’euros, l’État français soutient la cryogénie, c’est-à-dire la recherche et la production à très basse température. Enfin, 150 millions d’euros sont prévus pour un programme général de recherche.

Cette stratégie sera accompagnée d’une politique visant à « garder tous les talents nécessaires en France et en Europe », a promis M. Macron. Il « fera tout son possible pour coopérer en Europe et avec l’Europe ».